29 mars 2009
Billet d'Edmond : La tragédie du mâchon Lyonnais
A douze heures 41 ce samedi là Henri et Simone entrent dans un restaurant lyonnais. Ils ont choisi le quartier St Jean, mais tirant vers le St Georges, non loin de la station du funiculaire qui monte à Fourvière. Vieilles pierres et beaux plafonds de chataignier, belles gravures sur les murs. A douze heures 42 on les place à une certaine table, à douze heures 50 ils plongent dans le menu relié de cuir qu’on leur a porté avec un retard légèrement irritant.
A douze heures 53 Henri promène son regard autour de lui.
Une sculpture de bois figure un saint (car muni d’une auréole) appuyant sa main gauche sur une épée plantée dans le sol. De l’autre main il serre un livre sur sa poitrine. Ce fort volume pourrait évoquer Jean l’Evangéliste mais l’Aigle de Patmos n’avait pas d’épée. L’absence de cheval fougueux nous évitera l’hypothèse tumultueuse de Saint Georges terrassant le dragon. En revanche l’homme est enveloppé d’un grand manteau où on pressent Saint Martin avant qu’il ne le partage de son glaive au profit d’un pauvre, et qu’il ne soit blâmé pour détérioration de matériel impérial, injuste sanction à laquelle il réagira en démissionnant et devenant, quoique Pannonien, le saint évangélisateur des Gaules. Allons-y donc pour Saint Martin.
En face d’Henri : le sourcil froncé de Simone qui s’absorbe dans l’élucidation du menu.
A droite : une table où sont installés deux adultes de sexes opposés, et deux petites filles âgées de six à huit ans. Henri opine que ce sont les enfants du couple, adoptées puisque ayant manifestement quelques différences génétiques avec leurs parents (ceux-ci de race blanche et elles de type Philippin, si l’on en juge par leurs yeux bridés et leurs cheveux d’un noir éclatant). Par commodité on se rangera à l’avis d’Henri, quoique plusieurs autres hypothèses valables puissent être avancées, comme on verra.
Le père, la quarantaine à peine effleurée, pull bleu marine sur pantalon de velours beige finement côtelé, a vraisemblablement franchi la Saône pour passer du quartier d’Ainay (qui engendra une multitude de bons bourgeois catholiques bien élevés et un seul Abbé Pierre) au quartier Saint Jean où il s’apprête à déguster une entrecôte marchand de vins.
La mère, un rang de perles sur un cou légèrement ridé mais encore assez tendre, est de type espagnol : teint mat, yeux noirs, nez un peu long et un pli de cocker dans les sourcils. Ce que ne révèlent pas ses mines absentes (mains jointes sous le menton) et ses inclinations de tête légèrement souriantes vers les deux petites filles qui lui tirent les manches du pull (laisse mon poule, ma chérie, murmure-t-elle alors), c’est qu’elle n’est que la dernière fille d’une concierge du Boulevard des Belges, et la petite fille d’une célèbre femme facile de la route de Vienne, surnommée, bien avant que les mauvais garçon de ces faubourgs ne puissent voir l’usage mondialement célèbre de cette expression : « gorge profonde ».
Le synopsis ne dit pas si monsieur sait quelque chose des origines douteuses de madame.
Derrière à droite : une grande tablée qu’Henri devine plus qu’il ne voit, mais Simone ne manquera pas de l’alerter sur ce qui y mérite le détour. De temps à autre une femme dans les cinquante et quelques s’en détache pour promener et distraire une toute petite fille de deux ans environ, munie d’un nœud dans les cheveux.
Tout à fait en arrière, à l’écart, dans un coin donnant sur la rue : deux messieurs déjà bien usagés et un peu ridiculement habillés déjeunent face à face, l’un d’eux, dont les cheveux blancs ont une nuance bleu fuchsia, photographie les plats qu’on lui sert. Henri ne voit rien, mais Simone lui décrit leurs manières qu’elle juge efféminées.
A gauche d’Henri, coté rue également, une table où sont installés, dans l’ordre : un vieux rondouillard chauve et moustachu, en face de lui un autre rondouillard moustachu, moins vieux et moins chauve (qui doit être le fils du premier), puis face à face également une plutôt vieille dame extraordinairement bien élevée, au visage inexpressif tant elle a gommé au fil du temps tout ce qui pourrait y affleurer d’un peu déplacé, une autre d’environ cinquante ans qu’Henri ne voit que de dos, enfin en bout de table une jeune fille de 20 ans environ, nez mutin, cheveux plutôt blonds traités dans un joli désordre de queue de cheval et de petites mèches, visage lisse et plaisant où l’on perçoit à l’état embryonnaire la même absence d’aspérité que chez sa grand-mère, car Henri déjà comprend que ce sont la grand-mère et sa petite fille.
Pendant tout le repas on verra jaillir de la cuisine et fuser entre les tables les silhouettes de deux femmes et d’un homme (grand, brun, oriental), affectés au service, portant à longues enjambées des assiettes fumantes ou des bouteilles, évitant parfois d’un habile crochet de slalomeur olympique la petite fille au nœud dans les cheveux qui justement, ayant échappé à l’attention des grandes personnes, était partie divaguer dans l’étroite allée entre les tables. A certains moments et à certaines tables les serveurs déposeront sur demande un moulin à poivre haut d’au moins 80 centimètres
Henri et Simone ont choisi une poëlée de champignons des bois aux petites quenelles pour commencer, et poursuivront par un pied de cochon désossé et son escorte de rates du Touquet, l’ensemble arrosé d’un Morgon léger ; leur conversation sera intelligente (ce qui est rare, Henri et Simone étant plus souvent niais qu’à leur tour) et ils envisagent même de conclure cette singulière tranche de vie par une assiette de sorbets maison. C’est alors, à 14 heures 08 précisément, que survient cet enchaînement de circonstances incongru qui sera relaté par les gazettes comme
« la tragédie du mâchon lyonnais ».
(à suivre)
Honnêtement, je ne sais pas ce qui va arriver. S’il se trouve des lecteurs pour me suggérer une fin intéressante, qu’ils n’hésitent pas… moi je vais me coucher.
Billet d'Edmond : en souvenir de Josep Pallach
« Les époux Pallach étaient tous deux professeurs d’espagnol. Catalans réfugiés à vingt ans en France à la fin de la guerre civile, ils avaient donc la quarantaine. Apparemment très tranquilles ils souffraient probablement de leur exil sans le montrer. Ils ne manquaient pas une occasion de rappeler qu’ils enseignaient « el castellano », le castillan plutôt que l’espagnol. Un jour que je racontais à Madame ma parenté à Barcelone, elle tressaillit : « alors tu es de la famille ? » puis fut déçue de constater que ce n’était que par alliance ».
Ces quelques lignes inscrites dans un récit que je fis de certains épisodes de ma jeunesse témoignent qu’au moins les Pallach m’avaient intrigués dans les années soixante, et sans plus. L’image qu’ils avaient laissés dans mon souvenir était celle de gens modérés, pondérés, attentistes à leur manière. Bienveillants, sûrement. L’un des deux m’avait conseillé d’apprendre le catalan, ce que je tentai longtemps après, dans les années 90, sans suite, la vie professionnelle dévora très vite mon espace catalan. Madame Pallach (Teresa) avait tenté de monter, sans plus de succès que pour mes études catalanes, avec quelques filles de la classe de seconde et moi, la pièce de Lorca qui s’appelle en français « la savetière prodigieuse ». La savetière était la femme délurée d’un savetier andalou, et il ne me reste de la scène I (que nous n’avons jamais dépassée) que cette apostrophe étrange : « gourgandine empanachée ! ».
La semaine dernière, en visitant mon Lycée à l’occasion d’une journée portes ouvertes, je suis tombé sur un journal de Barcelone qui m’a donné des nouvelles de Monsieur Pallach.
Josep Pallach. Je ne l’avais pas revu depuis 1963.
En 1970, profitant de l’amnistie générale accordée par Franco, il était retourné à Barcelone. Le journal était de janvier 1977. L’article disait qu’il était mort, et d’ailleurs décrivait son enterrement, suivi par cinq mille personnes, avec photos, sur trois colonnes à la une, et article plus détaillé en page dix.
C’est ainsi que je sus que Josep Pallach était à sa mort, et depuis deux jours, Secrétaire Général du Parti Socialiste Catalan, poste qui aurait pu le mener loin puisque sauf erreur Pasqual Maragall, Maire de Barcelone de 1982 à 1997 et Président de la Généralité ensuite (1), était son successeur dans ce parti. Mais un infarctus en avait décidé autrement.
La consultation de Wikipédia me précisa que Josep Pallach, né en 1920, avait été membre de formations anarchistes catalanes dès l’âge de quinze ans, avait à dix huit ans exercé des responsabilités politiques dans le haut Ampurdan (juste de l’autre côté des Pyrénées par rapport à Céret), était passé en France aussitôt après où il avait transité par les camps d’Argelès et autres, qu’il s’était engagé dans la Résistance française, était retourné clandestinement en Espagne plusieurs fois entre 1942 et 1944, qu’il y avait été arrêté et emprisonné entre 1946 et 1948, avant de s’évader de la prison de Gérone. Repassé en France il y avait fait – quoique d’origine paysanne – des études à la Sorbonne. Il avait enseigné, je le savais bien pour l’avoir eu comme professeur, pendant vingt ans dans « divers établissements » (en fait, un seul à ma connaissance : le lycée de Montgeron). Que pendant ce temps d’enseignement il continuait à préparer l’après franquisme, à passer clandestinement la frontière assez souvent, comme par exemple en 1962 où il participait au congrès fondateur d’un syndicat ouvrier, avant de revenir en septembre me faire, mine de rien, des cours sur Azorin et Perez Galdos… D’ailleurs il fut condamné à nouveau, mais par contumace, pour avoir été la cheville ouvrière de ce fameux congrès. En 1975 il put enfin se consacrer ouvertement à la fondation du Parti Socialiste Catalan, formation modérée comme il l’était devenu lui-même par expérience, et promouvoir les idées qui devaient aboutir à la Constitution de type fédéral dont se dota l’Espagne en 1978. Il était l’auteur de quatre livres et fut après son décès le sujet de quatre ou cinq autres.
Voilà. On croise un homme placide, débonnaire, et l’un des souvenirs qu’on en a est celui d’un Sancho Pança un peu rablé qui passe dans le couloir avec cette manie de faire tinter ses clés contre le mur ; voilà un homme qui doit attendre sereinement, et un peu mélancoliquement peut-être, que le temps passe, que l’Histoire arrange les choses pour lui… Et non : il faisait parler la poudre et les idées, et une plaque a été fixée à sa mémoire dans la bibliothèque du Lycée, dont il fut l’un des maîtres.
Le père tranquille : ce fut le titre d’un film sur la Résistance telle que les français voulaient se la représenter dans les années de l’immédiate après guerre. Un cliché commode, en somme. Le gars bien rangé qui dans une vie parallèle est un redoutable chef de bande.
Mais comme tous les clichés, de temps à autre, il est vrai. Avec Josep Pallach, c’était vrai.
(1) Homme plein d’humour, Pasqual Maragall s’est retiré de la vie politique après qu’on ait diagnostiqué sa maladie d’Alzheimer. A ce sujet il aimait à dire « l’avantage, c’est que comme les gens me connaissent, je suis au moins sûr de ne pas oublier mon nom »
26 mars 2009
Du 23 au 29 Mars 2009
Pensée : à force d’imaginer, on finit par ne plus rien voir. A moins que voir ne soit qu’imagination.
Lundi
Dernière semaine du mois qui, pour le moment nous montre son plus joli visage avec un soleil agréable. Je profite de ma matinée pour aller skier à Giron avec ma chienne cette fois.
Pour ceux qui connaissent le coin, j’ai fait « La Frasse, Les tachonnières, les crêtes, les 5 chalets, L’Achat (nom assez courant dans la région), Combe de l’Auger, Les Abrans et retour à La Frasse (nom tout aussi courant)». Ça fait en tout environ 9 kilomètres.
Les pistes sont toujours aussi agréables et les skieurs rencontrés discutent avec moi : la chienne les intrigue et les amuse à la fois. Personne ne me dit : « les pistes sont interdites aux chiens ». D’ailleurs, il n’y a même pas de gardien à l’entrée. C’est sûr, c’est une des dernières fois que je sors attelée de la sorte mais je ne veux pas y penser sinon je gâche mon plaisir. A chaque région ses agréments et j’ai encore tout à découvrir du midi. Au moins, là bas, je pourrai monter à cheval toute l’année sans me demander s’il y a du verglas ou pas. Ce qui est certain, c’est qu’on vieillit tous. Ma chienne a 9 ans, mon cheval 20 ans et tout ce petit monde ne sera pas éternel. On se retrouve déjà demain avant d’avoir même fini de vivre aujourd’hui. Le présent n’existe que si peu, c’est une pure vue de l’esprit. Seuls le passé et le futur résistent au temps ou tout du moins essayent.
Mardi
L’hiver, lui, fait de la résistance, un peu moins froid, un peu moins hargneux mais la neige tombe encore ce matin et recouvre de nouveau le paysage dont je ne me lasse pas. Pourtant quelqu’un m’a dit dimanche ; « Moi, je ne pourrais pas vivre avec la neige si longtemps, j’en aurais marre ». Et bien pas moi et pourtant, j’aime les fleurs, je les ai d’ailleurs photographiées sous toutes les coutures mais j’ai toujours une certaine nostalgie à voir partir une saison avec laquelle j’ai tissé mes jours, un morceau de vie qui ne reviendra jamais.
Certains sont au bord du gouffre, mais ne démoralisent pas. L’espérance fait partie de leur vie, ils ont des enfants à élever et c’est leur principal souci. Je pense à une connaissance : mari licencié qui ne retrouve pas de boulot et trois enfants à charge. Heureusement, me dit-elle, il y a les restos du cœur. Ils distribuent deux fois par semaine mais pas toujours de tout. Cette maman est débrouillarde, elle est toujours à l’heure à ses rendez-vous pour son fils et pourtant elle n’a pas de voiture : le stop, ça existe, me dit-elle. Et pour manger, elle s’est toujours débrouillée pour ne manquer de rien. Rien ne va à la poubelle. Avec les épluchures de légumes par exemple, elle fait des chips et les enfants adorent (d’ailleurs son petit garçon se frotte le ventre de contentement). Avec le pain dur, elle fait des puddings et avec le gras de viande, tout un tas de choses, bouillons et autres. Quand on n’a pas de sous, il faut être imaginatif.
Jeudi
Il était midi passé, je roulais en voiture le long du lac de Nantua et je me laissais porter par une chanson que j’appréciais particulièrement.
http://www.deezer.com/track/1121040
Il faisait beau et d’un coup, on avait réellement une impression de printemps. Hier encore, il neigeait. Ma pensée était vague et allait de la météo qu’il ferait l’été prochain (il paraît qu’il fera très beau ont dit les anciens), à la culture des tomates qu’on pouvait peut-être envisager dans ce cas. Puis, je me disais qu’après tout, cela ne ma concernait plus, cet été, des tomates j’en cultiverais, mais ailleurs, là où les étés sont presque toujours très chauds et où les anciens risquent moins de se tromper dans leurs prédictions. Tout d’un coup, un appel de phare venu d’en face m’a réveillée. Je roulais un peu vite, du moins à plus de 70 à l’heure et le radar du lac était là à me guetter. Et bien non ! Une bonne âme a pensé pour moi. Merci à l’inconnu qui m’a évité un PV.
Samedi
J’avais l’espoir d’un week-end tranquille, classique, conforme à mes envies du moment : ski et cheval. Malheureusement il neige, une neige mouillée qui tient à peine et il faudra donc revoir l’emploi du temps ou se résoudre à faire des choix. A moins que demain, ça ne s’arrange.
Depuis longtemps, j’envisageais l’achat d’un vélo. Je n’en ai plus depuis que mes enfants ont quitté la maison et ça me manque. J’ai donc pensé qu’il était temps pour moi de réinvestir dans ce domaine. Il faudra bien que je change mes habitudes sportives : l’hiver prochain, le ski de fond sera plus discret et le vélo pourra parfois le remplacer. Cet après-midi, j’ai profité donc de ce vilain temps pour aller à Hauteville Lompnes (prononcer lône) voir chez « Natch » ce qu’il me propose. La neige tombe dru ce qui ne décourage pas les chiens de traîneaux pour partir en balade.
J’ai donc trouvé ce que je cherchais mais le temps d’aujourd’hui ne me permet pas d’essayer la « petite reine ».
Dimanche
C’est la fin… du ski de fond, même à Giron. Ils cessent de tracer, bien qu’il y ait encore du monde, mais ce n’est plus rentable, les touristes, eux, ne viennent plus. J’essaierai d’y aller demain matin avec la chienne pour un ultime plaisir et après, il faudra attendre l’an prochain, dans d’autres lieux pour nous et d’une autre façon. Je ne pourrai plus dire : « Tiens ! J’ai deux heures devant moi, je vais skier », il faudra prévoir la journée ou même le week-end. J’avais rêvé un hiver comme celui de cette année et j’ai été comblée, plus que je ne l’espérais, je n’ai pas à me plaindre même si je suis un peu triste. Il reste encore 1,30 mètre de neige dans le Haut Jura. Dans certains trous un peu froid, on verra des tas blancs jusqu’à fin juin peut-être. Voici donc les dernières photos, mais après tout, il est temps de changer de paysage, ça devient monotone.
22 mars 2009
Du 16 au 22 mars 2009 (1ère partie)
Lundi
Le Lac de Nantua a pris sa couleur vert émeraude des beaux jours, ça sent le printemps. Il en est de même sur les pistes de ski de Giron que je parcours ce matin. La neige a perdu son velouté d’hiver et est devenu dure, surtout quand le gel de la nuit ne s’est pas encore estompé. Mais à 9H30, c’est la bonne heure pour partir et les pistes impeccablement tracées attendent les skieurs. Le soleil encore bas traverse les troncs et dessine leurs ombres sur la trace.
J’emprunte une route que je ne connaissais pas et qui a le mérite, outre de bien glisser et d’être agréablement vallonnée, d’offrir des points de vue intéressants sur le crêt de Chalam, le cirque des avalanches et la vallée de la Valserine.
Une trace dans la neige me rappelle celle du lynx.
Force est de constater que l’hiver a été rude : le lac de Lalleyriat est encore gelé, il n'est pourtant qu'à 800 m.
Mercredi
Tous les jours, c’est la même sérénade et ça commence à mon lever (c’est toujours moi qui me lève la première). Dès que je bouge, même juste un soupir, c’est le chat qui s’active et vient jusqu’à la porte de la chambre miauler de ses cris déchirants, réclamant à manger, seule chose qui l’occupe depuis plusieurs mois. En bas, la chienne s’agite aussi, c’est l’heure d’aller voir dehors si j’y suis. La journée se déroule entre les miaulements du chat qui s’ennuie et réclame on ne sait trop quoi, sans doute d’aller se battre avec les deux horribles gugusses du coin ou de se faire écraser dehors et la chienne qui s’ennuie aussi mais qui, elle peut encore sortir dans le jardin.
Le pire, c’est le soir et ça commence à 17H30. Pourquoi cette heure là, on ne sait ; mais les bêtes s’agitent, miaule pour l’un, tourne en rond pour l’autre, histoire de manifester qu’ils existent et qu’il est l’heure de penser à autre chose qu’à nos affaires. Mais non ! Il faut attendre. L’heure c’est l’heure et l’heure c’est 18H30. Pas avant ! Alors, c’est la ruée vers la gamelle, à croire qu’ils n’ont rien mangé depuis plusieurs jours. Enfin, on respire un peu, tout le monde se calme, enfin, presque parce qu’à la fin du film, la chienne en redemande, elle se lève, se couche, vient poser sa tête sur nos genoux, l’air implorant. Elle veut aller dehors. C’est le rituel. Comment fait-elle pour reconnaître les génériques de fin, on ne sait, c’est le mystère, mais ça marche toujours. Les animaux sont très sensibles à chacun de nos mouvements, même les plus infimes. Ils ont ce don d’observation que nous avons perdu.
Vendredi
12H45: le printemps est arrivé depuis une minute exactement, horaire officiel, dans une ambiance ensoleillée mais fraîche. Le lac de Nantua moutonne sous la bise et les canards, foulques et cygnes dansent frénétiquement à la surface de l’eau qui les agite.
Ce soir, voyage vers la région parisienne. Visites aux ancêtres, entre autres.
Du 16 au 22 mars 2009 (2ème partie)
Samedi
La journée est bien chargée. Elle commence par une petite promenade dans le parc des Réaux de Soisy sur Ecole où les jeux d’eau invitent à la photo.
Puis c’est vers Videlles dans l’Essonne où nous étions déjà allés une fois : mini forêt de Fontainebleau avec son sol sableux et ses rochers de grès. Ici, les champs sont immenses et les sillons s’en vont vers l’infini.
Enfin, l’après-midi, journée du souvenir à Montgeron au lycée où E a fait ses études et où j’ai passé mon bac. Ce lycée, d’une soixantaine d’année, jouissant d’un parc jadis agréable, était à l’époque, dans les années 60 un lycée pilote. Il est en pleine rénovation.
Le parc est pour le moment laissé à l’abandon et on ne peut qu’espérer que dans un proche avenir, il soit réhabilité : petites pièces d’eau, allées d’arbres, sous-bois…
Nous quittons Montgeron et ma chasse aux ronds-points décorés est récompensée : Le Réveil Matin : C’est de là que partit en 1903 le premier tour de France cycliste.
Dimanche
Grisaille, froid, humidité. Tout me semble laid ce matin, même dans le parc de Sceaux qui pourtant m’a toujours paru agréable les autres fois. Même les joggers matinaux m’agacent : ils ont tous le MP3 à l’oreille !!! Pourtant les petits oiseaux chantent, sur bruits de véhicules, il est vrai. Mais qu’ils ont l’air ridicules tous ces gens le fil à l’oreille…
Néanmoins, cette marche d’une heure et demie, tôt le matin, a le mérite de me permettre d’engloutir sans remords le croissant et la demi-baguette du petit déjeuner.
15 mars 2009
Du 9 au 15 mars 2009 (1ère partie)
Lundi
La fin de saison est là, les vacances sont finies pour tout le monde et pourtant, la neige tombe toujours. Certes, une neige de printemps, par averses, qui fait suite à une forte pluie de la nuit.
Aldo est un as de la piste, il a damé à Lachat et je suis la première skieuse à patiner, ce qui me donne une petite sensation de « pionnière ».
Mardi
Je neige, tu neiges, il neige… Il paraît que le verbe neiger ne se conjugue pas et pourtant, aujourd’hui, on pourrait à tous les temps et à toutes les personnes. En 25 ans de montagne, je n’ai jamais vu autant de neige en mars. Au moins 1,50 mètre sur le plateau, voire 2 mètres par endroits.
C’est la pleine lune et j’aurais bien aimé en profiter mais la neige tombe toujours ce soir, assez mouillée, désagréable et je ne fais qu’un tout petit tour dans les bois, histoire de me dégourdir.
Mercredi
Deux annulations de bilan, ce qui me laisse le loisir d’aller skier. Malheureusement, sur le plateau, les pistes n’ont pas bien été damées. Températures douces, multiples traces, neige fraîche et molle rendent moins agréable le ski. Je me casse la margoulette par deux fois. Mais le temps est beau et le soleil un peu rasant de fin d’après-midi permet de jolies perspectives faites d’ombres et de lumière sur la neige vierge.
Du 9 au 15 Mars 2009 (2ème partie)
Samedi
Nous l’avions projeté déjà pour il y a 15 jours mais le temps nous en avait dissuadés : La Pesse-Giron à ski. Ce qui supposait un départ à deux voitures pour en laisser une à l’arrivée. Ce matin, c’était donc décidé, le beau temps était là, température de printemps peut-être, mais suffisamment fraîche le matin pour garantir des pistes agréables. 15 petits kilomètres, c’est tout et des vues parfois assez prodigieuses qui, le temps d’une photo nous permettait de reprendre notre souffle. Le massif du jura est le champion des combes douces au regard, dont les maisons nichées en leur creux paraissent des petits paradis si calmes qu’on aimerait s’y arrêter quelques temps. Pouvoir se retrouver dans la solitude d’une montagne qui invite à la rêverie est un luxe en notre époque où on ne parle que de rentabilité et où on se doit de vivre de plus en plus vite en évitant surtout de regarder autour de soi afin de ne pas perdre le rythme imposé par notre société de consommation.
Je vous laisse donc découvrir le Reculet vue de la Borne aux Lions et d’autres vues dont le nom n’apporterait pas grand-chose au charme qu’elles dégagent.
On ne peut qu’admirer la solidité des charpentes de ces petites maisons de montagne, refuges plus qu’habitations au sein d’une nature très préservée. N’est-elle pas charmante, munie de son chapeau ?
L’après-midi est consacrée au cheval que j’ai un peu négligé ces temps-ci. La vallée me permet de renouer avec des couleurs plus verdoyantes.
Dimanche
On nous avait prédit de la pluie et c’est le soleil et un ciel bleu intense qui m’accompagne dans ma sortie de ski-joëring à Lachat dont je ne me lasse pas de la douceur des paysages.
Pour l’après-midi, je loue des raquettes et je pars dans la petite combe de Léchaud qui n’est partiellement pas déneigée, ce qui garantit une tranquillité à toute épreuve. Seuls les avions qui vont atterrir à Genève rappellent que la vie continue. Les ruisseaux coulent, preuve de la fonte de la neige. Il fait 7° et un soleil ardent. Evidemment, j’ai oublié lunettes sombres et chapeau. Et oui, on peut attraper une insolation sur la neige au mois de mars.
Tout au bout de mon chemin, en montant pour rejoindre un autre versant, on surprend le lac de Nantua dans sa Cluse.
Tout compte fait, je préfère cette combe en été, je la trouve un peu monotone sous la neige.
08 mars 2009
dernière minute: urgent
Ci après, une adresse de blog où il faut absolument se rendre: une jeune femme en galère à aider de toute urgence. Ténacité, fierté, courage sont les mots qui qualifient cette jeune femme. Mais là, trop c'est trop et elle a tout de même ses limites. L'union fait la force et il faut à tous prix faire circuler l'adresse de ce blog. C'est sa seule façon de ne pas sombrer. La vie de deux enfants en bas âges est en jeu.
http://untempsderetard.blogspot.com/
Du 2 au 8 mars 2009
Lundi
Journée un peu morose faite de pluie.
Mon après-midi commence mal : le premier petit patient est absent, une absence non motivée, un oubli. Que faire dans ce cas ? Envoyer une belle lettre : « Devant les absences répétées… » et larguer le gamin ? Patienter alors que d’autres personnes sont en attente d’une rééducation impossible faute de professionnels dans le secteur ? Je ne sais.
Mardi
On dit que les peintres, ça siffle. C’est vrai mais c’est aussi très bavard, surtout quand ils sont deux et alors, pour peu que l’électricien opère en même temps, ça devient une vraie volière… C’est ce que je constate depuis ce matin : ils opèrent dans le couloir d’accès de mon cabinet. En ce moment leur voix est couverte par quelques coups de marteau. Travailler relève de l’exploit et il est hors de question de parler d’éducation auditive…
Mercredi
Ponceuse, visseuse, bavardages, sifflotements (ça c’est plus sympathique). C’est mon lot de ce mercredi matin. De plus, la porte grande ouverte vers l’extérieur laisse entrer le froid. Il faut être héroïque pour continuer à bosser et je dois dire que les petits m’épatent : ils arrivent quand même à se concentrer. Il faut dire que pour eux, ça ne dure qu’une demi-heure. Pour moi, c’est toute la journée, sans parler de l’odeur qui s’insinue partout, jusque dans mes vêtements. J’ose espérer qu’on utilise toujours des pinceaux à poils doux et non bruyants pour peindre. La consolation de tout ce bataclan, c’est qu’on aura un beau couloir après.
La pluie forte du soir cède la place à une neige d’abord lourde puis de plus en plus fine et la « Cabane », dans la nuit, prend des allures de chalet suisse.
Jeudi
10 centimètres de neige tombée cette nuit et une belle casquette sur la voiture à dégager avant de prendre une route peu propice à la vitesse. Les chasse-neige devaient être endormis ce matin !!! Mais quelle beauté !!!
Témoin : un joli bouquet de neige s’offre à ma vue et me donne courage au moment de partir travailler.
Le soir, pourtant, une petite corvée s’impose dans le crépuscule bleuté du jardin : alléger la clôture électrique de la chienne et la dégager des branches qui croulent sous la neige lourde et menacent de la rompre.
Vendredi
Tant pis, je serai un peu en retard au boulot ce matin. Il vaut mieux arriver quelques minutes en retard et entier. C’est qu’il a encore neigé toute la nuit et ma voiture est coincée dans une gangue de neige. Il faut d’abord gratter les vitres puis la dégager à la pelle.
Enfin je peux partir sur cette route blanche où conduire peut se révéler très agréable : c’est doux sous les roues, mais aussi un peu dangereux : coup de frein interdit, toujours prévoir la difficulté comme ce car que je croise, comme il convient, à l’endroit le plus étroit de la route. La neige est froide, n’adhère pas aux vitres et l’utilisation des essuie-glaces n’est pas nécessaire.
Samedi
C’était hier soir, il neigeait depuis l'avant veille au soir, accompagné d’un vent du nord qui avait ravagé toutes les pistes de ski. Mais c’était programmé : une sortie de nuit à pied sur le plateau direction La Ferme de Retord où nous attendait une fondue savoyarde accompagné d’un petit « Frangy » blanc. 50 minutes de marche (sans raquettes s’il vous plaît) dans trente centimètres de neige fraîche, le visage glacé par la neige et le vent, pour atteindre notre but avec des amis venus nous rejoindre pour le week-end. Il valait mieux connaître le terrain car sur ce plateau, il est facile de s’y perdre. Nous avons d’ailleurs croisé des marcheurs qui ne savaient plus très bien où aller. Allez, un dernier « petit coup de cul » et on y est (traduisez, une dernière petite côte raide, terme de skieurs de fond). Ce fut une bonne soirée mais on ne ferait pas ça tous les jours, c’est fatigant et je m’en suis sortie avec une grosse migraine, mais ça … C’est une autre histoire !!!
Au réveil, c’est toujours pareil, le même spectacle quand le soleil reprend le dessus et illumine les arbres d’hiver.
Quelle belle et agréable après-midi dans une randonnée en raquette (on y prend goût) au milieu de la forêt des Moussières, dans la grande solitude.
On a rarement vu autant de neige, fine, poudreuse, couvrant chaque arbre dont les branches souples s’arquent jusqu’au sol, semblant prendre racine dans la neige. La chienne essaie de suivre les traces d’animaux mais très vite se fatigue et trouve bien pratique de suivre nos pas : on lui marque le chemin. On n’arrivera pas au lieu projeté et pourtant on n’en était plus très loin.
03 mars 2009
Billet d'Edmond : Des quenelles de veau à la Pujadas
Le lundi 2 mars vers 20 heures 05, ou peut-être 20 heures 10, j’étais en train de préparer des quenelles de veau à la sauce tomate. J’avais allumé machinalement mon poste de télévision qui se trouvait réglé sur France 2, juste histoire de donner un fond sonore. C’était le journal de Pujadas. Je lui entends dire qu’Obama, contraint de trouver des économies à faire dans le budget de l’Etat, pourrait tailler dans les dépenses militaires. Et là, pour illustrer ce propos, ou éclairer le problème, au lieu de nous expliquer en quoi consiste le budget militaire des USA, à quoi il peut se comparer, comment s’effectue le déploiement des armées de ce pays sur la planète, en bref tout ce qui a un rapport avec l’information qu’il vient de donner, il nous passe un sujet (car on ne peut pas appeler ça reportage) sur le Costa-Rica, où on nous sort le cliché habituel, enfin pas si habituel puisqu’on croit toujours pouvoir le présenter comme une prodigieuse révélation, sur la suppression de l’armée dans ce pays et tous les bienfaits qu’il en a soi-disant retiré.
La voix off plaquée sur des images d’archive nous détailla donc qu’en 1946 le Costa-Rica avait connu une sanglante guerre civile (2 000 morts, ce qui nous assura la voix, correspondrait en France à 200 000 morts – je fis le calcul rapidement : la France aurait donc 490 millions d’habitants !) guerre civile après laquelle le Président Figueres, familièrement nommé Don Pepe, aurait fait voter la suppression de l’armée. Il ne resterait inévitablement que la police. Depuis lors pas de guerre, civile ou autre, pas de coup d’état militaire, beaucoup d’économies faites, un PIB par habitant parmi les meilleurs d’Amérique Centrale, bref le bonheur… Depuis lors, le Panama a suivi son exemple et est devenu le deuxième pays du monde sans armée. Et gloire à Don Pepe ! D’ailleurs le Prix Nobel de la Paix décerné au Costa-Ricain Arias ne serait-il pas un hommage indirect à Don Pepe ?
Voici ce que les téléspectateurs de France 2 n’auront pas entendu :
La guerre civile de 1946, forcément dommageable à tous et donc aux intérêts des grandes compagnies bananières (United Fruit) et caféières, est suivie de sept années de paix, quoique l’armée du Costa-Rica existât toujours. En 1953 est élu Don Pepe. A vrai dire il était déjà au pouvoir depuis 1949, pour avoir remporté la guerre civile dont il était l'un des protagonistes. Très proche des USA, pour ne pas dire homme de paille de la CIA, il avait fait décider le principe de la suppression de l’armée. Que se passerait-il si un des voisins du pays voulait lui chercher querelle ? Forcément les US Marines débarqueraient, et ne s’en iraient pas avant longtemps. Quel était l’intérêt des USA à cet arrangement qui faisait du Costa-Rica un protectorat de fait, avec toutes les conséquences qui en découlent ? Pouvoir à tout moment intervenir militairement dans la région, contre le Panama qui a frontière commune avec le Costa-Rica et qui menaçait lui-même (théoriquement) la zone américaine du canal (les USA disposaient certes de bases dans la zone du canal, mais prendre à revers les Panaméens en venant du Costa-Rica était une variante intéressante), et aussi intervenir contre le Guatemala (au nord) qui venait justement (en 1953, curieuse coïncidence) de nationaliser une partie des bananeraies de l’United Fruit. Quel était l’intérêt des grandes familles Costa-Ricaines ? Faire protéger leurs avoirs et leurs comptes en banque par l’armée la plus puissante du monde, en l’obligeant quasiment à intervenir en cas de pépin. Et probablement vendre des terres à l’United Fruit, chassée du Guatemala (et ensuite chassée de Cuba en 1959). De fait la combinaison a bien fonctionné jusqu’à présent. Tellement bien qu’elle a été étendue à la République de Panama, mais par la force cette fois-ci, après l’intervention US contre le général Noriega en 1989. C’est donc sous la contrainte que le Panama n’a pas d’armée.
L’information selon laquelle seuls ces deux pays n’en auraient pas est d’ailleurs fantaisiste elle aussi puisque c’est le cas d’une kyrielle de micro états comme le Vatican, Andorre, Monaco, l’Ile Maurice, etc… Enfin, on n’est plus à ça près…
La valeur totale de la production Costa-Ricaine a donc augmenté. C’est surtout une production de bananes, qui profite aux grandes compagnies, et aux grandes familles, grâce à cette providentielle absence d’armée. L’inégalité dans le pays n’a pas varié.
Sur l’indigence et même l’étrangeté de certains JT de Pujadas voir http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1505
(Ou si le lien ne marche pas, aller sur le site www.arretsurimages.net et chercher Pujadas, en espérant que ce soit gratuit).
Les quenelles de veau à la Pujadas m’ont porté à de curieuses méditations. L’Amérique Centrale m’a rappelé que le Mexique est l’une de ces régions où je ne souhaiterais vraiment pas aller, comme la Corse. Pour le Mexique les raisons de cette répulsion sont assez obscures, encore qu’en y réfléchissant je crois que l’idée de devoir pour donner une adresse à un taxi articuler des mots comme « Nezahualcoyotl » ou « Coyoacan », et de m’entendre répondre dans un espagnol nasillard et surexcité, est vraiment décourageante. Pour la Corse c’est plus clair. A force d’entendre mes interlocuteurs simultanément vanter la beauté de l’île du même nom, ses plages préservées, ses charcuteries intactes, ses villages millénaires, et laisser entendre, fut-ce par touches légères et insinuations vraiment subtiles, que ça serait peut-être mieux sans les Corses, je m’interroge sur l’intérêt d’un voyage qui pour être pleinement satisfaisant devrait être précédé de l’éradication, forcément problématique, des populations natives. J’aime autant rester sur la réserve.




















































