Un certain chêne vert

Cheminement au jour le jour d'une vie banale

30 novembre 2008

Billet d'Edmond, 30 novembre 2008

Ayant d’une part résilié mon contrat CanalSatellite (aventureuse opération sur laquelle j’aurai probablement l’occasion de revenir) pour cause de déménagement et d’autre part entendu la controverse sur la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, bref ayant rompu ou presque avec la télé, je suis entré dans cette phase inévitable de nostalgie des réclames qui furent et ne seront plus, quelque merdiques qu’elles fussent.

   (J’aime assez ces subjonctifs impertinents)

Je me souviens du premier spot publicitaire en 1967, sur la deuxième chaîne toute neuve. On y voyait un homme, jeune plutôt, qui versait dans le bol de son petit déjeuner une partie du contenu d’un brick de lait (Régilait, je crois) tellement frais et délicieux qu’en le humant il croyait entendre, venant de la rue sans joie de son grand ensemble, le mugissement d’une vache et qu’il se précipitait, incrédule, à la fenêtre. Naturellement il ne voyait rien ; je ne peux m’empêcher de songer qu’il y avait là une métaphore de toute publicité : on se précipite, et il n’y a rien, ou tellement moins que ce qu’on imaginait.

Je me souviens de Solcarrelus. Vous savez bien, ce grand serviteur de César et Cléopâtre, préposé à la rutilance des sols du Palatin, et qui échappait aux lions du cirque en s’en remettant à l’usage d’une grande marque de produits ménagers. Chose instructive : je ne sais plus quelle était la marque du salvateur produit, mais je me souviens très bien de Jean-Marie Proslier, qui incarnait Solcarrelus avec brio. Parfois l’homme-sandwich dépasse infiniment le sandwich. On le vit aussi dans une autre pub déclarer, sur fond de petit plat mitonnant dans l’âtre « Bon vivant rime avec prévoyant !». Il s’agissait du contrat obsèques, pour lequel officia aussi l’inusable Lucien Genès, ex présentateur du Jeux des Mille Francs. Force est de constater que les deux sont morts depuis et que le contrat obsèques, boulevard de la mort, n’attire plus autant les gens du show-biz. Line Renaud s’abstient prudemment. Johnny, un jour ou l’autre ? Il me semble qu’en ce moment c’est un moustachu sympathique mais plus anonyme qui a pris le risque, avec un air de dire à la Grande Faucheuse: « oublie moi, ce message s’autodétruira dans 30 secondes ».

Je n’ai évidemment aucun souvenir de réclames télévisées pour des boissons alcoolisées, il n’y en eut jamais. Mais à la radio, si. Dans les années cinquante il y avait une émission de variétés du soir sur Luxembourg dont l’indicatif chantait sur un air de jazz du moment « Avec Martini-Martini-Martini … » (j’ai oublié la suite). On était quand même loin des délires d’avant guerre, quand on pouvait lire et entendre que « les mécaniciens du PLM prenaient un Ricard pour rester éveillés à leur poste … ».

Je me souviens, dans le genre délirant mais plus scientifique, l’un et l’autre n’étant pas contradictoires, de ces innombrables proclamations de laboratoires cosmétiques qui entassent les uns sur les autres les mérites définitifs et cependant vite démodés des bio-rétinols actifs, des systo-phosphates de vitomyéline et autres « principes actifs » [ceux que je viens de citer n’ont jamais existé, mais avouez que vous y avez cru] toutes pommades qui vous menaient dans un état de jeunesse incroyable jusqu’au contrat obsèques, parce que vous le valez bien.

Je me souviens que Chostakovitch n’atteignit le plafond de sa gloire, au moins chez nous, que parce qu’une de ses compositions mineures illustra jusqu’à l’écoeurement le petit film vantant une compagnie d’assurances sur la vie.

Et je me souviens aussi de ce parfum : égoïste figuré par une colérique et authentiquement sidérante ouverture  en rythme des volets d’un palace par une jeune personne multipliée à cet effet. Il arrive, rarement, mais il arrive que la pub se hisse au niveau de l’œuvre d’art, et c’était le cas.

Tout ceci mourra donc sur les chaînes publiques, quoique ….

Autre chose. J’ai choisi de rééditer pour les jeunes qui n’ont jamais connu ça, quelques unes de mes anciennes chroniques. Trois d’entre elles sont à lire ci-dessous. Et n’oubliez pas qu’encore au dessous, il y a aussi le journal de martinev ….

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Billet d'Edmond, morceaux choisis : 19 juin 2006

Acheté un magnétoscope lecteur de DVD, le précédent ayant rendu l’âme Le nouveau est dans le genre alu brossé, très à la mode dans les années 70, et qui semble vouloir se substituer aux différentes nuances de gris-noir des années 80-90 : gris souris, gris requin, gris château (?), gris dauphin, etc…Sur les appareils de cette génération  les mots et chiffres étaient inscrits en blanc qui s’usait à force de s’en servir ce qui fait qu’à la fin on ne voyait plus rien. Quand la télécommande n’avait plus de pile il fallait appuyer sur des boutons muets, au hasard, devant un concert de gens qui commentaient : « ah, non, moi j’aurais plutôt pris l’autre… » Sur le nouveau ce sera du gris sur alu, qui disparaîtra probablement de la même manière. La vie est un éternel recommencement. Je déballe toujours ces machines dans un état voisin de la terreur, au minimum très contrarié tant je suis certain de devoir entrer dans un monde d’absurdité. C’est une véritable corvée. Pour le moment c’est plutôt rassurant, j’ai réussi à le sortir du carton. Je l’installe à la place du précédent, en prenant bien soin de faire les branchements à l’arrière de la même façon. Ca se passe bien, je suis même surpris de la facilité de cette phase et du fait qu’en quinze ans on n’ait pas inventé une forme nouvelle de prise péritel qui aurait radicalement démodé la précédente. Cette stabilité est renversante. Ensuite il faut prendre le mode d’emploi et régler l’appareil. Je ne sais pas pourquoi il faut toujours régler un tas de trucs pour que ça marche. Bien sûr le français du mode d’emploi a été traduit de l’anglais (lui même du coréen) par un primitif de la linguistique. De plus la peur de tous ces gens là de se voir voler leurs procédés est telle que le texte est encombré de phrases menaçantes du genre « DTS et DTS Digital out  sont des marques déposées de Digital Theater Systems, Inc » ou « Manifecturé (sic) sous la licence de Dolby Laboratorie ». Ensuite on allume le poste de télé. Puis on allume le magnétoscope. On voit un écran où il faut choisir sa langue, on admet, ensuite il se met à faire défiler toutes sortes de canaux. Comme la télé est très mauvaise puisque n'arrivant pas par le démodulateur, on voit se succéder des chaines dans une sorte de brouillard. Là c’est un type avec de grosses lunettes antiques (ça doit être Derrick) qui dit « Il n’y a pas de raison qu’il ait tué sa femme ». Bien. Le manuel répond que : « pour affecter aux stations les numéros utilisés par le téléviseur suivez les instructions de la page 26 ». Page 26 on entre dans ce que je craignais, un monde décalé où grâce à l’esprit tordu du technicien et la grâce neanderthalienne du traducteur plus aucun mot n’a son sens habituel. Trouble supplémentaire, le poste de télé s’est arrêté, comme subitement captivé, sur un feuilleton qui doit être « Les feux de l’amour ». Un protagoniste émerge vaguement du smog et dit « tu comprends, Stacy, c’est terrible » et Stacy après avoir un peu crachoté réponds « depuis plus de dix ans il ne me fait plus l’amour ». Le manuel ajoute son grain de sel : « systême de diffusion adéquat pour cet emplacement (BG ou L) ». Mon Dieu je préfèrerais encore lire du Leibniz, ça doit être plus concret. Soudain un flash atroce, les lunettes de Derrick suivies de Derrick lui même sortent du brouillard et la forme Derrickienne dit « c’est vous qui avez tué votre femme ! » C’est exactement le contraire de ce qu’il disait la fois d’avant. En plus ils se tuent tous dans cette série, et moi je vous dis : dans ce pays là les gens ne s’aiment pas. Et puis le miracle survient, tandis que le manuel chuchote « certaines stations offrent un service VPS/PDC… ». La roue infernale des programmes télé s’arrête sur une chaîne où l’on entend Billie Holliday qui annonce « Fine and mellow » et démarre, sur fond d’une section de cuivres d’un moelleux mélancolique inoui, et chante de sa voix de miel désespérée :  « mon homme ne m’aime pas, il ne me traite pas bien… ». Pur génie. Elle, quand elle dit des choses aussi plates que dans les Feux de l’amour, on y croit. Quelqu’un me demandait pourquoi dans mon blog on a l’impression que les choses vont de mal en pis. Non, elle ne sont pas pires qu’avant. Elles le sont autant. Mais de temps en temps il y a une Billie Holliday ou quelque autre innocent qui arrive et donne du sens, et ça c’est le bonheur.

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Billet d'Edmond, morceaux choisis : 4 juin 2006

Un homme est mort de la « grippe aviaire » en Roumanie. Je me souviens de ce que j’avais écrit sur cette maladie-fantôme, de mon scepticisme. Serais-je puni pour avoir été incroyant ? Le professeur Bricaire, l’un des ordonnateurs de la psychose, paraît sur le petit écran. J’ai peur. Oh, surprise, il se fait rassurant. Il nous explique que ces gens là, qui sont morts, étaient des pas propres du tout, d’ailleurs on n’est pas sûr que ce soit passé d’homme à homme, il semble bien qu’ils aient été au contact de beaucoup d’oiseaux. Quant au virus, on le surveille, il ne mute pas, ou en tous cas les seules modifications qu’on a constaté témoignent qu’il serait plutôt moins dangereux qu’avant. En somme dans la famille Virus le fils H5N1, qui cabossait la voiture et se picousait dans des soirées bien arrosées avant de revenir entre deux gendarmes de l’OMS, est en train de s’assagir. Depuis quelques temps il ne fait plus de frasques et il a même fait mine de reprendre ses études. Maman Virus souffle un peu. On espère.

Suite de la rubrique santé : le directeur général de l’OMS, qui était pourtant médecin et vu son poste devait avoir de bons tuyaux pour se faufiler entre les virus et autres bacilles, est mort.

Mort.

Mourir, pour un directeur de l’OMS, c’est un peu comme serait pour un archevêque se saouler avec le vin de messe. A qui peut-on se fier ?

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Billet d'Edmond, morceaux choisis : 5 avril 2006

Dans le grand désert des montagnes, je lis les petites annonces :

«  Petite menue câline F. 47 ans à la recherche d’une relation tendre »

« Homme, la quarantaine, bientôt muté ch. femme douce et âge en rapport »

« Chris sorcier cas extrême, retour aff. »

Petite Menue me paraît tout à fait indiquée pour Homme Quarantaine. Mais quel est le sens de ce bientôt muté ?  Probablement veut-il dire qu’il n’a pas envie de s’éterniser. Et que se passera-t-il si « Petite Menue Câline » s’accroche ? La repoussera-t-il violemment ? Je suis inquiet. Je crois que « Petite Menue Câline » ira voir « Chris Sorcier Cas Extrême » en vue  d’obtenir le retour aff. désiré. Si Chris est aussi efficace qu’il le dit, adieu la mutation, la promotion, veaux, vaches, cochons (enfin peut-être pas les cochons). L’Homme Quarantaine, exaspéré s’en ira acheter arme et tirer sur Petite Menue. Sang, larmes et tout et tout. Je préfère ne pas savoir et je jette le journal.

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Du 24 au 30 novembre 2008 (1ère partie)

Lundi

         Comme tous les ans, à la première neige, on y a droit, et la télévision nous en rebat les oreilles : les routes enneigés de la plaine et les automobilistes désarçonnés et morts de trouille ; des stations de montagne où neige artificielle et neige naturelle se font concurrence pour ouvrir plus tôt que le voisin. On se gargarise de poncifs, de désirs mal placés car il n’y a pas plus capricieux que la neige. Mais ça ne fait rien l’espoir fait vivre et c’est si beau, une neige immaculée (encore une image rebattue) devant chez soi ou une route toute blanche et vierge ou presque de tout passage. Evidemment, il vaut mieux être équipé de bons pneus et alors, on passe partout ou presque… Pendant ce temps, le chat de la maison, du haut de son observatoire, dans l’escalier, guette les éventuels concurrents du terrain convoité.

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Mercredi

         Hier soir, je suis allée me promener dans la nuit. Il n’était pas très tard mais j’avais besoin de ces deux petits kilomètres pour évacuer une journée trop assise. C’est un reste de mon hyperactivité d’antan. C’est aussi un moment de solitude qui m’est nécessaire pour me retrouver. J’avais une impression de Noël : la neige dans la lumière des réverbères qui brillait par une température voisine de -10°. Alors, j’ai pensé à mon cadeau et si je devais faire la lettre au père Noël, je lui demanderais une lampe frontale pour continuer mes promenades du soir ou de la nuit, à pieds ou à skis, seule ou tirée par ma chienne, toujours d’accord pour ce genre de périple. A propos de skis, E a fait sa première sortie aujourd’hui où chez nous le froid s’est allié à un grand soleil généreux et…. J’enrage car je suis censée travailler mais mon rendez-vous de 15H m’a oubliée…

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Jeudi

         Mais bon sang, pourquoi n’y arrive-t-il pas ? Ça fait au moins dix fois qu’on y revient, dix fois que je lui présente ce tableau sous toutes ses formes, dix fois qu’on rabâche. L’impression qu’il a compris ou du moins appris me fait plaisir d’un coup puis, la fois d’après, tout est à recommencer. Pas de règles à apprendre, juste quelques tableaux à visualiser. Mais les confusions sont là, aussi bien auditives que visuelles. Il ne voit pas la différence entre « ein » et « ien » ou s’il la voit, il ne se rappelle plus lequel fait quoi… Pourtant on essaye des petits moyens : « Tu vois, le I est en premier, alors on allume la bougie et on le dit ». Mais alors pourquoi on ne dit pas « ian » ? Alors là pas d’explication possible, il faut l’admettre, se le mettre en tête et recommencer sans cesse en évitant d’être trop répétitif pour éviter la lassitude. A bout d’idée, on apprend quelques mots par cœur pour étayer le lexique qui n’arrive pas à s’établir : « il revient » restera peut-être pour toujours ou presque « il reveint », à ne pas confondre alors avec « il revint ». Et que dire des lettres « c » et « g » qui peuvent faire deux bruits en fonction des voyelles qui les suivent et qu’on doit « déguiser » pour obtenir un nouveau bruit… Ou encore de « er » qui fait « é » en fin de mot, « èr » en milieu ou début de mot et qu’on confond systématiquement avec « eur » ou encore « re ».

Vendredi

         Ah ! Le bleu des mers du sud… Justement la couleur des cartouches d’encre que E vient de m’acheter mais ce n’est pas tout à fait ça l'histoire :

Il est 12H15 et je suis sur la route pour rentrer manger chez moi où m’attend un délicieux plat composé de filet de poulet accompagné de riz en sauce, délicieusement parfumé. J’en rêve à l’avance et mes papilles salivent car j’ai très faim. Soudain, le téléphone sonne. Je ne devrais pas répondre puisque je conduis. Coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche, rien de suspect, je me risque à répondre. C’est sûrement un absent pour cet après-midi ou quelqu’un qui veut un rendez-vous. J’opte pour la deuxième solution puisque c’est une voix que je ne connais pas.

-          Allo, fais-je, c’est pourquoi ?

-         C’est M Dufour (suit quelque chose d’incompréhensible. La voix paraît être celle d’un homme d’âge mûr, un peu vieillissant).

-         J’insiste : « Qui êtes vous » ?

-         Mais je suis le capitaine de la marine marchande

(Qu’est-ce que ça peut me foutre)

-         Oui, et alors, pourquoi me téléphonez-vous

-         Ben… tu sais bien, c'est pour t'emmener avec moi!!!

Je raccroche, un peu énervée

Ça sonne de nouveau.

-         Allo oui, ? Je fais d’une voix un peu sèche, c’est que je risque le PV moi !!!

-        Enfin j'ai bien fait le numéro que tu m'as donné, C’est pas Geneviève ?

-         Ben non, et cessez de me déranger, je suis sur la route, je ne décrocherai plus.

Dommage, j’ai peut-être loupé la chance de ma vie : une croisière en bateau de la marine marchande dans le « bleu des mers du sud » et un homme qui croyait être sur un bon coup!!!

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Du 24 au 30 novembre 2008 (2ème partie)

Samedi

         Les jours passent et j’ai toujours l’impression de devoir vivre à 140 à l’heure. Je ne fais que le tiers de ce que je voudrais. Ce matin est consacré aux courses mais cet après-midi, je veux me balader à cheval. Balade un peu périlleuse quand même car, même si le temps a radouci, les chemins sont toujours gelés et de ce fait, glissant. Le galop, ce sera pour une autre fois. Nous nous dirigeons donc vers la forêt jusqu’au gué que l’on passe sans difficultés, le ruisseau n’est pas très important.   

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Il n’y a pas de chasseurs aujourd’hui et c’est sans doute pourquoi un animal, sans vergogne, remue dans les feuillages sur notre droite, juste au sortir de « la prairie », seul endroit possible pour essayer un galop timide. C’est immédiat, dans un aboiement furtif, ma chienne tente une poursuite et mon cheval, lui, toujours aussi courageux, fait un demi tour fulgurant. Il ne passera pas tout seul et je suis obligé de descendre pour l’emmener en main et passer cet endroit qu’il a jugé si dangereux. Ensuite il nous faudra attendre Rubia, qu’elle se décide à revenir vers nous au bout de quelques minutes.

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Le soir tombe vite et le ciel devient assez joli au dessus des inévitables lignes à haute tension.

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Dimanche

         Ce matin, je profite du beau temps et de l’obligation que j’ai d’aller nourrir mon cheval pour m’arrêter sur l'ancienne RN 84, face à la gendarmerie de Nantua. J’ai décidé d’aller prospecter sous l’autoroute. Il y a peut-être quelques belle photos à faire : le viaduc fait 1003 mètres de long et la plus haute pile monte à 86 mètres. C’est donc un bel édifice qui enjambe le vide de manière harmonieuse.

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         Juste derrière on peut voir la voie de chemin de fer en rénovation pour le TGV. J’espérais trouver un chemin parallèle qui relierait Les Neyrolles à Nantua mais je dois en conclure que non. On est bien dans un cul de sac et je quitte cet endroit un peu oppressant et solitaire avec soulagement (il n’y a pas si longtemps et non loin de là, on y avait découvert le cadavre d’une petite fille violée et assassinée…).

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Cet après-midi, 7 kilomètres à ski. Ce n’est pas grand-chose mais pour une première fois de la saison « j’y ai trouvé dur » (comme on dit dans le coin).

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Je suis un peu raide sur les skis mais ça va revenir tranquillement. Giron est toujours aussi agréable, les pistes bien tracées, ce qui n’est pas si facile quand la sous-couche n’est pas encore faite. Les premières sorties sont toujours un peu difficiles et peu glissantes.

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23 novembre 2008

Du 14 au 23 Novembre 2008 (1ère partie)

Vendredi

Jour J, les déménageurs sont arrivés à 7H15 et s’occupent avec efficacité des meubles et cartons en suivant les explications données au moment du « briefing ». C’est donc le dernier coup de reins, au sens propre du terme. J’ai allumé un feu de bois, histoire de continuer à faire vivre encore quelques heures de ma présence, cette maison que je vais quitter ce soir.

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Il fait froid et une bonne gelée blanche a envahi les alentours mais il fait beau et j’ai envie, pour la dernière fois (encore  et toujours) d’immortaliser notre jardin.

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Vendredi

Passage chez le notaire ce soir mais avant il faut tout nettoyer de la cave au grenier avec balai, éponge, aspirateur et serpillère et c’est là qu’on s’aperçoit que la maison était bien grande, munie de nombreux placards, bien pratiques pour ranger les inutiles « ça peut servir ». Le travail ultime est de défaire la clôture électrique qui nous a permis pendant huit ans de maintenir la chienne dans des limites autorisées. Tandis que mes 700 mètres de fil (7 fois 100) s’enroulent autour de la bobine, mon esprit s’évade et petit à petit, tout comme la clôture qui se détache des piquets, je m’arrache doucement à ce lieu où un ultime feu (cette fois, c’est sûr, c’est bien le dernier) attend nos acquéreurs pour la visite avant signature… Depuis hier, nous dormons dans un petit gîte, chalet à l’intérieur tout en bois, qui nous accueillera sept mois et d’où la vue n’est pas si différente même si la proximité immédiate de la route le rend moins agréable.

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Samedi

         On s’habitue à notre nouveau cadre, et j’ai même pu refaire un parc aussi grand, voire plus, que le précédent pour la chienne. Un gros point noir cependant : mon chat a disparu. Après 36 heures très miaulantes (y compris la nuit), passées enfermé dans la maison, lui qui ne supporte pas de rester à l’intérieur, j’ai eu pitié, ses cris devenaient trop désespérés et je l’ai mis dehors ce matin. Il avait déjà repéré les chats de la maison voisine par la fenêtre du séjour. Il est sorti tout doucement, posant chacune de ses pattes avec précaution pour ne pas attirer l’attention de l’ennemi, puis a traversé la route vers la forêt et s’y est enfoncé en se coulant. Avant qu’il ne disparaisse de ma vue, je l’ai appelé ; il m’a regardé un moment, hésitant peut-être, mais il m’a dit « adieu » d’un miaulement plaintif : la forêt a été la plus forte. Il était trop malheureux, arraché à son lieu de vie habituel. Ce soir, je suis allée l’appeler et ai poussé une pointe à pied jusqu’à notre ancienne maison toute illuminée de la présence de ses nouveaux occupants. Je n’avais pas envie d’y retourner, j’y ai trop de souvenirs mais elle n’est pas loin et il est fort probable qu’Anis y retourne à un moment ou un autre. Demain sera un autre jour et je ferai la transhumance de mon cheval vers Izernore : une bonne trentaine de kilomètres…

Dimanche

         Jour gris et froid mais surtout humide, accompagné d’un petit vent désagréable et piquant. La transhumance s’annonce moins agréable que les autres fois, mais je n’ai pas le choix. Plus je retarde, plus le risque de neige est important. Me voilà donc avec mon cheval pour ce périple vers la vallée, à Izernore où l’attend son pré.

         Le temps ne se prête pas trop à la photo : sortir l’appareil de la poche, ôter les gants ; les coincer sous la selle, mettre la cravache sous la cuisse et enfin cadrer la photo en espérant que le cheval ne bougera pas au moment M. Pourtant, mon esprit attiré par des petites scènes insolites ou une image qu’on a envie de garder, j’ai fait tous ces gestes quatre ou cinq fois. Tels ces chevaux, au lieu dit « Le Jorat » qui nous regardent passer, très excités par le passage d’un copain inconnu.

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         L’arrivée au-dessus de Brénod dans sa brume, village qui s’est peut-être agrandi de façon anarchique, comme beaucoup de villages en France, avec la création de vilains lotissements à grillages et balançoires en fer (il faut bien garder son école)  mais dont le cœur reste, heureusement, toujours aussi charmant.

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         Enfin, 2H ¼ après le départ, j’atteins l’abbaye en contrebas, caché à la vue par une forêt de sapin.

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C’est là que nous déjeunons, dans la voiture, car il fait trop froid. Pendant ce temps, Aramis, broute tranquillement l’herbe bien grasse d’un pré, reprenant quelques kilos dont il n’a vraiment pas besoin.

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         Il me reste 5H de route et je m’enfonce dans une forêt bien sombre parfois dont je suis, peut-être, hormis les animaux bien cachés, l’unique habitant temporaire. Un vrai délice de solitude avec pour bruits, le vent et le crissement des pas de mon cheval, attentif aux pierres qui lui font un peu mal aux pieds. On rencontre quand même des traces humaines, tel cet imposant engin forestier chargé de tirer les grumes.

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C’est ce genre de machine qui « bousille » les chemins, creusant des ornières de boue. Ah ! Que sont devenus les gentils comtois ou autres chevaux de trait qui alliaient travail de la forêt et respect de la nature. Evidemment, c’était moins rentable….

         Le soir de cette journée bien remplie et dont je sors très fatiguée, je retourne vers mon ex maison, à la recherche de mon chat. Il est bien là. Dès qu’il entend ma voiture, il se précipite vers moi en miaulant de toutes ses forces. Malheureusement, ses chatières sont condamnées et il ne peut plus se mettre au chaud. Je pense qu’il serait vain de le ramener de nouveau au gîte. Je m’entends donc avec mon ex voisine qui lui donnera à manger sur le pas de sa porte. L’idéal serait qu’elle l’adopte mais son mari, ainsi que leur vieux caniche de 14 ans n’aiment pas les chats. Quant aux nouveaux habitants de la maison, ils y sont allergiques. J’ai la terrible impression de l’avoir trahi et ce n’est pas très confortable. Ce n’est pas un chat de salon, heureusement pour lui, mais l’hiver risque d’être dur et puis, comment faire quand je partirai vers le midi ?

Mardi

         Sur les conseils d’une copine, j’ai récupéré mon chat qui avait émigré dans le tas de bois bâché du voisin, superbe abri contre la pluie et le vent mais guère contre le froid. Les chats ont tout de même un sens aigu du bien-être et de leur sauvegarde. Je l’ai appelé et il en est sorti, miaulant et la queue toute droite de plaisir. Au moins un dont je suis sûr qu’il aime ma présence. Retour forcé à la maison et cette fois, il n’en sortira pas de sitôt, même s’il miaule à en crever nos tympans. 15 jours dedans pour qu’il se sente chez lui, après, on verra…

Mercredi

         Un malencontreux oubli : j’ai laissé partir en garde-meubles, la vingtaine de pots de confiture de rhubarbe, abricots et figues que j’avais confectionnés cet été. Alors, il m’en reste deux entamés dans mon frigidaire que je déguste tout doucement pour les économiser. 

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Du 14 au 23 Novembre 2008 (2ème partie)

Samedi

         Echanges profonds d’un samedi matin :

-         Que fais-tu ?

-         Je me regarde respirer

-         Profites-en, tu ne respireras pas toujours.

Un avant-goût de l’hiver avec de petites chutes de neige qui ne font que blanchir l’herbe et glacer les pare-brises des voitures. Les fleurs devant le gîte se la jouent « rose de noël », immortelles dans leurs gangues gelées.

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     Non, ce n’est pas la Promenade des Anglais à Nice, mais tout simplement les bords du lac de Nantua et au fond le viaduc de l’autoroute.

    

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Dimanche

     L’absence de l’agriculteur pour une quinzaine de jours me contraint journellement à descendre donner un complément de foin à mon cheval. J’en profite donc pour me promener dans le village d’Izernore, limite du Haut Bugey à environ 500 mètres d’altitude. C’est un lieu datant des gallo-romains. Un ancien temple dédié à Mercure est le seul vestige de cette époque.

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Le cœur du village est composé de rues aux grosses bâtisses anciennement agricoles convergeant vers l’église.

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L’eau est partout présente et c’est sans doute une des raisons de son existence. C’est aussi un village très vivant aux multiples associations. Cependant, au fil des ans, il s’est enlaidi par des constructions de lotissements au milieu de multiples usines de plasturgie. Le plan d’urbanisation est absent mais cette expansion a notablement enrichi l’ancien maire du village, entrepreneur en bâtiment. Ceci explique cela. La crise actuelle entraîne la fermeture de plusieurs usines et on peut se demander quel est l’avenir d’un tel bourg.

     A quelques encablures du village le hameau du Voirle est un des passages obligés pour qui veut se promener dans la forêt.

                 

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D’un ancien château démoli, il ne reste plus que le parc. Le propriétaire, rencontré par hasard et qui me voit souvent passer à cheval, m’autorise à y pénétrer pour quelques photos. De grands arbres majestueux et une petite pièce d’eau attirent mon regard. La neige permet des reflets inespérés que la pauvreté de mon petit appareil ne permet pas de vous restituer réellement.

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Du 14 au 23 Novembre 2008 (3ème partie)

     Dimanche (suite)

Aujourd’hui, neige oblige, ce seront les grosses chaussures de neige pour aller se promener sur le plateau. Il fait froid avec -6°, mais, bien couverts, on est prêts à affronter les rafales de vent qui donnent bonne mine à nos joues blafardes d’un mois de novembre peu ensoleillé.

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     Le but est de monter à partir de la chapelle jusqu’à la Croix de Savoie, érigée en 1633, borne frontière entre la Savoie et la France.

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L’altitude est d’environ 1280 mètres et on ressent un froid qui me provoque une belle onglée. De là on a une belle vue sur la ferme de Retord et cette vieille école dont j’ai souvent parlé.

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Puis nous nous dirigeons, encore un peu plus haut vers la Croix Jean Jacques

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qui domine le bassin lémanique où la vue rosée du massif du Mt Blanc est particulièrement impressionnante, mêlée de soleil et de nuages gris foncés qui donnent une impression presque inquiétante au paysage.

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Il ne faut pas traîner, les jours sont courts et c’est le retour à la chapelle et son petit cimetière intime où le dernier mort date de 2003.

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Posté par martinev à 20:28 - Journal - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2008

10 et 11 novembre 2008

      

Lundi

Toujours des surprises dans le domaine des retrouvailles. Je les avais oubliées ces petites poupées. Elles étaient au fin fond d’un placard, à moitié démantibulées pour certaines.

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Elles sont toutes liées à un voyage de mon père qui, chaque fois qu’il partait à l’étranger ou même parfois en province ne manquait pas de me rapporter un petit souvenir. Ce furent ces poupées puis, par la suite des petites cuillers, perdues pour la plupart ou jetées car de mauvaise qualité.

Je ne peux garder ces objets qui feraient peut-être le bonheur d’un collectionneur. Ma future maison n’est pas très grande et il faut donc faire des choix.

     Pourtant certaines sont encore bien belles comme cette petite portugaise qui porte sa cruche sur la tête, mais qui n’a plus qu’un bras, à côté de cet autrichien qui lui n’en a plus (de bras, bien sûr). Ou encore celui ci qui pourrait être italien.

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         et ces danseurs grecs ( ?) ou ces écossais, à côté de la petite bretonne :

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Mais ce beau policier canadien aux yeux bleus de la police montée, ne pourra jamais rivaliser avec ma toute première,

sur laquelle je ne peux remettre une origine.

        Pourtant c’est la plus pathétique cette poupée de chiffon à la bouche en coeur

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Mardi

La nuit tombe sur mes cartons, environ 60, tandis que la chienne et le chat, un peu perdus au milieu réclament leur pitance depuis 16H30. Mais l’heure c’est l’heure, ils attendront 18 heures.

Il reste encore un peu de tri à faire et quelques allées et retour à la déchetterie. En rangeant, on trouve parfois des choses amusantes comme les carnets de correspondance de l’école primaire de mes deux fils : ils n’ont pas changé…

         La météo nous annonce pour jeudi, jour où les meubles partent, quelques flocons de neige, mais apparemment rien de méchant. Ça n’aurait rien d’anormal, depuis 25 ans que nous habitons la région, j’ai toujours vu la neige aux environs de la mi novembre, puis elle nous quitte pour ne revenir en principe qu’à Noël ou en janvier.

A partir de demain, je n’aurai plus internet pour quelques jours. Ma prose va donc s’achever là, une semaine juste un peu plus courte.

Avec un peu de chances, s’il ne fait pas mauvais, je descendrai mon cheval dans la vallée le week-end prochain. Ça sera donc sans doute l’occasion de faire de jolies photos et un petit reportage.

En attendant, voici Anis et son doudou qu'il a bien du voler à quelqu'un

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A bientôt…

Posté par martinev à 20:30 - Journal - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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